Réduire les coûts Kubernetes en 2026 : 8 conseils pratiques
Par Anthony Marchand
18 Janvier 2026

Si vous lisez ceci, c'est probablement parce que vous venez de recevoir votre facture AWS, Google Cloud ou Azure et que vous avez failli tomber de votre chaise. Je connais ce sentiment. Chez Log'in Line, nous gérons l'infrastructure de nombreuses startups SaaS et e-commerce, et croyez-moi, l'année 2026 a marqué un tournant brutal dans la gestion des coûts Cloud.
Kubernetes est devenu le standard de facto, c'est indéniable. Mais c'est aussi devenu une machine à brûler du cash si on ne le surveille pas comme le lait sur le feu. Entre l'explosion des coûts liés à l'IA, la complexité du réseau et les instances qui tournent dans le vide, la facture peut vite devenir le deuxième poste de dépense après les salaires.
Ce n'est pas une fatalité. Au fil des audits et des reprises d'infrastructure que nous effectuons pour nos clients, j'ai identifié des leviers concrets, parfois techniques, parfois organisationnels, pour diviser la note par deux (voire plus). On ne parle pas ici de petites économies de bouts de chandelle, mais de changements structurels qui impactent directement votre marge brute.
Voici mon retour d'expérience terrain sur les 8 leviers les plus puissants pour optimiser vos clusters en 2026.
1. Le Rightsizing Radical des Workloads
L'over-provisioning est la maladie chronique de Kubernetes. Les développeurs, par peur que leur application crashe (OOMKill), mettent des "Requests" mémoire et CPU énormes. Résultat : Kubernetes réserve cette place sur les nœuds, empêchant d'autres pods de s'y mettre, alors que l'application n'utilise que 10 % de ce qu'elle a demandé.
En 2026, nous ne devinons plus les ressources, nous les mesurons. L'utilisation du Vertical Pod Autoscaler (VPA) en mode "Recommandation" est obligatoire. Il analyse l'usage réel sur plusieurs jours et vous dit : "Tu as demandé 4 Go de RAM, mais ton pic max n'a jamais dépassé 500 Mo".
Pour aller plus loin, nous déployons des outils comme Goldilocks qui visualisent ces recommandations VPA. Cela permet d'ajuster les "Requests" au plus juste. Rappelez-vous : dans Kubernetes, vous payez pour la somme de vos "Requests", pas pour l'usage réel (sauf si vous êtes en serverless pur, et encore).
Une autre technique radicale pour les environnements hors-production est le "Sleep Mode". Les environnements de dev et de staging n'ont pas besoin de tourner la nuit et le week-end. Des outils comme KEDA ou des scripts simples peuvent scaler les "Deployments" à zéro à 20h et les remonter à 8h. Cela réduit la facture de ces environnements de près de 60 % mécaniquement.
2. Faire le Ménage dans le Stockage et le Réseau
On se concentre souvent sur le Compute (CPU/RAM), mais le stockage et le réseau sont des fuites silencieuses.
Le cas classique : un StatefulSet est supprimé, mais ses Persistent Volume Claims (PVC) restent. Les volumes EBS (ou disques managés) continuent d'être facturés alors qu'ils ne sont attachés à rien. Un script de nettoyage ou une politique de rétention stricte est nécessaire pour identifier et supprimer ces volumes orphelins.
Autre point noir : les NAT Gateways. Sur AWS, vous payez pour chaque Go qui passe par la NAT Gateway (pour que vos subnets privés accèdent à Internet). Si vos applications téléchargent massivement des images Docker ou des librairies externes à chaque démarrage de pod, vous payez une fortune en trafic NAT. La solution ? Utiliser des VPC Endpoints (PrivateLink) pour accéder aux services AWS (S3, ECR, DynamoDB) sans passer par l'internet public. Cela contourne la NAT Gateway et réduit drastiquement les coûts de transfert, tout en améliorant la sécurité.
Vous trouverez ici un exemple de comment Geev a drastiquement réduit ses coûts S3.
3. Maîtriser les Instances Spot sans Peur
Les instances Spot (ou Preemptible VMs) offrent des réductions allant jusqu'à 90 % par rapport au prix à la demande. C'est l'arme absolue pour la réduction des coûts, mais elle fait peur à beaucoup de CTOs à cause du risque d'interruption.
En 2026, ne pas utiliser de Spot pour vos environnements de dev, de staging, et même pour une partie de la production (les workers stateless, les batchs), c'est une erreur de gestion.
Le secret réside dans la gestion de l'interruption. Avec des outils comme Karpenter (encore lui) ou des solutions gérées, vous pouvez automatiser le basculement. Karpenter gère nativement la diversification : si une famille d'instances Spot n'est plus disponible, il va chercher une autre famille équivalente instantanément.
Pour nos clients e-commerce, nous mettons souvent en place une stratégie hybride : les composants critiques (base de données, ingress controller) sont en "On-Demand" ou "Reserved", tandis que les microservices stateless des applications frontales tournent sur du Spot.
Il est crucial de concevoir vos applications pour qu'elles soient "Graceful Shutdown aware". Kubernetes envoie un signal SIGTERM avant de tuer un pod. Votre application doit intercepter ce signal pour finir sa requête en cours proprement. Si vous faites cela, l'utilisateur ne verra jamais la différence, mais votre directeur financier, si.
4. Éliminer les Coûts Cachés du Trafic Inter-AZ
C'est le coût "ninja" qui assassine votre facture à la fin du mois : le transfert de données inter-zones de disponibilité (Cross-AZ).
Pour assurer la haute disponibilité, on déploie souvent des clusters sur 3 AZs. C'est une bonne pratique. Le problème, c'est que par défaut, Kubernetes ne se soucie pas de la zone lorsqu'un service A appelle un service B. Le trafic peut faire A (Zone 1) -> B (Zone 2) -> A (Zone 1). Chaque aller-retour est facturé au prix fort (environ 0,01 $ à 0,02 $ par Go chez AWS). Sur des applications à fort trafic, cela représente des milliers d'euros.
La solution en 2026 s'appelle Topology Aware Routing (routage conscient de la topologie). Cette fonctionnalité native de Kubernetes permet de privilégier le trafic local. Si le service B a un pod dans la même zone que le service A, Kubernetes routera le trafic vers ce pod local plutôt que de traverser la zone.
Nous utilisons également beaucoup Cilium comme CNI (Container Network Interface). Cilium, grâce à la technologie eBPF, offre une visibilité et un contrôle granulaires sur ces flux. Il permet non seulement de visualiser ce trafic coûteux via Hubble, mais aussi d'appliquer des politiques strictes pour le limiter. En gardant les paquets dans la même zone, on réduit la latence et on supprime les frais de transfert. C'est gagnant-gagnant.
5. Passer massivement à l'architecture ARM et Graviton4
Soyons clairs : si vous faites tourner vos clusters sur du x86 (Intel/AMD) par défaut en 2026, vous jetez de l'argent par les fenêtres. C'est le "quick win" le plus évident que nous implémentons chez nos clients dès la première semaine.
L'architecture ARM, et spécifiquement les puces Graviton4 chez AWS (ou leurs équivalents Cobalt chez Azure et Tau T2A chez GCP), a totalement changé la donne. Aujourd'hui, ces processeurs écrasent les architectures traditionnelles sur le ratio performance/prix, comme le démontrent les benchmarks de performance ARM vs x86 pour 2025-2026.
Concrètement, les instances basées sur Graviton4 offrent des performances de calcul jusqu'à 30 % supérieures à celles de la génération précédente, tout en étant nettement moins chères à l'heure. Pour des workloads Java, Python ou Node.js (le pain quotidien des startups SaaS), la transition est souvent transparente grâce aux images multi-arch de Docker.
Le gain est double : vous payez l'instance moins cher (environ 20 % de moins sur le prix facial), et comme elle est plus performante, vous avez besoin de moins de réplicas pour tenir la même charge. C'est un effet de levier massif.
Cependant, attention aux dépendances. Si vous utilisez des binaires précompilés obscurs ou des extensions C++ très spécifiques, il faudra recompiler. Mais pour 95 % des applications web modernes, c'est du "lift and shift".
Voici un comparatif des performances et coûts que nous observons sur le terrain entre les architectures x86 et ARM en 2026 :
| Critère de Comparaison | Architecture x86 (Intel/AMD) | Architecture ARM (Graviton4) | Impact Concret sur la Facture |
|---|---|---|---|
| Coût horaire brut | Référence (100%) | ~80% du prix x86 | Économie directe de 20% |
| Performance par vCPU | Standard | +30% à +40% (Java/Web) | Réduction du nombre de nœuds requis |
| Efficacité énergétique | Moyenne | Très élevée (-60% conso) | Impact RSE et coûts indirects réduits |
| Bande passante mémoire | 60-90 GB/s | 115-120 GB/s | Accélération des bases de données et caches |
| Compatibilité logicielle | Universelle | Nécessite images multi-arch | Coût unique de migration (faible) |
6. Adopter Karpenter pour un Autoscaling Intelligent
L'époque du Cluster Autoscaler (CA) classique est révolue. Si vous utilisez encore l'autoscaler par défaut de Kubernetes qui repose sur des "Node Groups" (ASG chez AWS), vous perdez en efficacité. Le problème du CA classique, c'est sa rigidité : il doit choisir parmi des groupes de nœuds prédéfinis. Si votre pod a besoin de 3 vCPU et que votre groupe ne contient que des instances à 8 vCPU, vous payez pour 5 vCPU de vide.
Chez Log'in Line, il nous arrive de migrer nos clients vers Karpenter. C'est une révolution pour l'élasticité. Karpenter ne regarde pas des groupes de nœuds ; il regarde les pods en attente ("Pending") et demande directement à l'API du Cloud Provider l'instance exacte qui correspond au besoin, au meilleur prix, en quelques secondes.
La fonctionnalité de "Consolidation" de Karpenter est magique pour le portefeuille. En temps réel, il analyse votre cluster pour voir s'il peut déplacer des pods afin de supprimer un nœud sous-utilisé ou remplacer un gros nœud coûteux par un plus petit. C'est du Tetris (bin-packing) automatisé et agressif.
De plus, Karpenter est incroyablement rapide. Là où le Cluster Autoscaler peut mettre plusieurs minutes à faire poper un nœud (le temps que l'ASG réagisse), Karpenter provisionne en moins d'une minute, une rapidité cruciale comparée au fonctionnement plus lent du Cluster Autoscaler traditionnel.
7. Optimiser les Coûts d'Inférence IA
C'est la grande nouveauté de ces deux dernières années. En 2026, pour beaucoup de nos clients SaaS, le coût de l'inférence (faire tourner les modèles IA pour répondre aux utilisateurs) a dépassé le coût de l'entraînement ou de l'hébergement web classique.
L'erreur classique est d'utiliser les mêmes GPU pour l'inférence que pour l'entraînement, ou de laisser des GPU A100 ou H100 tourner 24/7 pour un service qui n'est utilisé que ponctuellement.
L'inférence est devenue le poste de dépense majoritaire, représentant souvent plus de la moitié des dépenses Cloud liées à l'IA en 2026. Il est impératif de séparer les stratégies. Pour l'inférence, nous privilégions des puces spécialisées comme les AWS Inferentia ou les instances GPU plus modestes (L4, T4) qui sont bien moins chères.
De plus, le partage de GPU (GPU slicing) est essentiel. Kubernetes permet désormais de découper un GPU physique en plusieurs instances virtuelles (MIG chez Nvidia). Cela permet à plusieurs petits services d'IA de se partager une seule carte puissante, plutôt que d'avoir chacun leur GPU sous-utilisé.
Voici un aperçu des différences fondamentales de gestion de coûts entre l'entraînement et l'inférence en 2026 :
| Caractéristique | Entraînement (Training) | Inférence (Production) |
|---|---|---|
| Type de dépense | CapEx (Investissement ponctuel) | OpEx (Coût récurrent continu) |
| Part du budget IA (2026) | ~10-20% | ~80-90% (Le "Silent Killer") |
| Matériel recommandé | GPU Haut de gamme (H100, UltraClusters) | Puces spécialisées (Inferentia, L4) ou CPU ARM |
| Stratégie d'optimisation | Spot Instances, Checkpointing | Batching, Quantization, Caching, Scale-to-zero |
| Impact business | Délai de mise sur le marché | Marge brute par utilisateur |
Dichotomie des coûts IA : Entraînement vs Inférence en 2026
8. Instaurer une Culture FinOps Outillée
Enfin, la technique ne suffit pas. Il faut de la visibilité. Vous ne pouvez pas optimiser ce que vous ne mesurez pas.
L'installation d'outils comme Kubecost (ou OpenCost) est la base. Ces outils vous donnent le coût par Namespace, par Service, et même par Label. Cela permet de faire de la refacturation (Showback/Chargeback) : aller voir l'équipe "Data Science" et leur montrer que leur namespace coûte 5000 €/mois permet souvent de déclencher des prises de conscience salutaires.
Mais en 2026, nous allons plus loin avec des plateformes d'automatisation FinOps comme Cast AI ou nOps. Ces outils ne se contentent pas de montrer les coûts, ils agissent. Ils peuvent reconfigurer dynamiquement vos nœuds, gérer vos engagements (Savings Plans) et optimiser le bin-packing en temps réel.
Chez Log'in Line, nous insistons pour que le coût du cluster soit une métrique suivie dans les dashboards des développeurs, au même titre que la latence ou le taux d'erreur. Quand les devs voient l'impact financier de leur code, ils optimisent naturellement.
Conclusion
Réduire la facture Kubernetes en 2026 ne demande pas de magie, mais de la rigueur et l'adoption des nouvelles architectures. En passant à ARM, en utilisant Karpenter, en sécurisant le Spot et en surveillant l'inférence IA, les économies sont massives.
Cependant, je sais que pour une startup en pleine croissance, mettre en place tout cela prend du temps et demande une expertise pointue. C'est souvent du temps que vous n'avez pas, car vous devez vous concentrer sur votre produit.
C'est exactement pour cela que Log'in Line existe. Nous agissons comme votre équipe infra étendue. Nous auditons, nous optimisons et nous maintenons ces clusters pour vous. Si vous avez l'impression de payer trop cher ou que votre infra vous ralentit, envoyez-moi un message. On regardera ça ensemble.

Anthony Marchand
Co-fondateur @ Log'in Line